Seulement voilà : Moi, le bonheur des autres, ça me déprime.
Alors je m'enferme dans ma cave et je repense à toutes ces longues soirées d'hiver et ces jours de froide solitude. Alors un heureux mal-être m'envahit et je me sens vivre. Si Baudelaire écoutait en frémissant chaque bûche qui tombe, moi je me réjouis du cri du corbeau dans ces plaines désertes que l'on condamne au repos pour que la moisson soit meilleure l'été venant. Je me réjouis de ce sol durci par une nuit étoilée de décembre.
Mais voilà, le printemps pointe le bout de son nez, les gens se sourient, les couples se refont, la nature s'éveille et moi je plonge dans une profonde mélancolie et je rêve à ces vastes plaines glacées où il fait nuit durant six mois. Nuit qui, de tout son règne immobile et omnipotent, envahit la blancheur éclatante où parfois la lune se réfléchit, soulignant le relief des vallées aussi légères que l'onde marine. Je rêve à cette terre où la chaleur oppressante n'a pas de place, cette terre où tout s'immobilise y compris le temps.
Comme le disait Anaïs "Je hais les couples qui me rappelent que je suis seule"